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Par renal le 1 Février 2011 à 08:01
« Il n’est point de voyage sans retour,
La mer ramène toujours à la côte ce
Quelle brasse. Elle a raison. Partir et revenir,
C’est tout un. J’ai besoin de la mer pour toucher terre.
(Hervé Hamon)
Allongez-vous sur une grève, n'importe laquelle, à n'importe quelle heure du jour, pourvu que la mer ne soit pas étale. Fixez le paysage. Fermez les yeux. Rouvrez les yeux. Fixez le paysage. Il est autre. Une table sous-marine a surgi, le croc d'un schiste se profile, la frange du sable humide s'est étirée, des rochers épars sont unis, des champs d'algues naissent. Les cartes postales montrent le plus souvent la côte à pleine mer : on y gagne du bleu, un bleu vide qui n'est ni très marin ni très breton. Mais c'est à marée basse que le territoire offre sa fantaisie, ses chemins, ses prés et ses jardins cachés.
(Hervé Hamon)
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Par renal le 31 Janvier 2011 à 11:17
Prière
Ô Mer, ancienne et jeune, gracieuse et farouche, reine des pavois de fête, souveraine des tempêtes, Ô mer, accorde ta miséricorde à ses pécheurs venus pour déposer la caresse ingénue de leurs yeux sur la risée de ta joue bleue. De grâce, reste la clémente envers les braves gars à l’âme simple que voici, mains jointes et genoux pliés au fond de leurs chaloupes si petites parmi toi si grande, ô Mer des fils et des aïeux ! Daigne sourire aux soufflets pacifiques de nos avirons ; souris encore à l’innocente égratignure de nos hameçons ; puis qu'une brise sereine arrondisse en fruits mûrs bâbord ou tribord amures nos taille-vents et nos misaines et que ton cœur profond fasse taire là-bas marsouins et bélugas qui sont les ogres des sardines, mignons petits-poucets de l'abîme qui vont par bancs semblables à des tas d'argent et que les filles des usines serrent dans des boîtes mêmement qu'images, fleurs ou papillons, dans le missel de leur première communion. Et sois, Mer de Bretagne, sois hospitalière à ces filets qui nous font vivre, afin que lourds on les retire de tes bancs féconds, comme on tire un délivre où chante l'avenir. Enfin, les noirs démons de tes rafales, à jamais amarre-les dans les cavernes de ces côtes, fabuleuses grottes que tu fermeras avec les épaves, mâts brisés, gouvernails rompus, coques défoncées, de tous les navires engloutis depuis ta première colère, Océan, et que les coups d'aile des guilloux, des goélands, des mouettes et des cormorans signifient désormais sur nos fronts tes gestes d'espérance et de bénédiction.
Ainsi soit-il
Saint-Pol Roux
(Guadeloupe)
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Par renal le 30 Janvier 2011 à 17:51
« La mer modèle les mœurs
Comme elle fait les rivages
Tous les peuples marins
Ont des caprices, sinon
De la folie dans l’âme
(André Suarès)
« Océan plus plein de ressources
Que le plus fabuleux richissime,
Océan puissant, généreux,
Oublie le mal que dans ma sottise
J’ai dit quelques fois de tes caprices
Et mets beaucoup de pièces dansa
La profondeur sébile en forme
De chalut que nous te tendons
(Henri Queffélec)
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Par renal le 29 Janvier 2011 à 09:41
Il y a dans la vie du marin quelque chose d'aventureux qui nous plaît et qui nous attache. Ce passage continuel du calme à l’orage, ce changement rapide des terres et des cieux, tiennent éveillée l'imagination du navigateur. Il est lui-même, dans ses destinées, l'image de l'homme ici-bas : toujours déployant ses voiles ; cherchant des îles enchantées où il n'arrive presque jamais, et dans lesquelles il s'ennuie s'il y touche ; ne parlant que de repos, et n'aimant que les tempêtes ; périssant au milieu d'un naufrage, ou mourant vieux nocher sur la rive, inconnu des jeunes navigateurs dont il regrette de ne pouvoir suivre le vaisseau.
(François-René de Chateaubriand)
(Guadeloupe)
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Par renal le 27 Janvier 2011 à 11:27
Vieil océan, ô grand célibataire, [...] tu déroules, au milieu d'un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables avec le sentiment calme de ta puissance éternelle. Elles se suivent parallèlement, séparées par de courts intervalles. A peine l'une diminue, qu'une autre va à sa rencontre en grandissant, accompagnée du bruit mélancolique de l’écume qui se fond, pour nous avertir que tout est écume. (Ainsi les êtres humains, ces vagues vivantes, meurent l’un après l’autre, d'une manière monotone ; mais sans laisser de bruit écumeux.)
(Lautréamont)
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Par renal le 26 Janvier 2011 à 08:45
« Toutes les eaux y confluent sans la remplir ;
Toutes les eaux en sortent sans la vider.
Voilà pourquoi je vais à la mer. » (Tchouang-Tseu)
« Encore une fois sur les mers :
Oui encore une fois ! Les vagues bondissent sous moi comme un coursier qui connaît son cavalier.
Salut à leur rugissement.
Quelles me conduisent avec toute leur vitesse, n’importe en quels lieux.
(Georges Gordon Byron)
« Le vent subtil n’est que baisers ;
Et les écumes
Qui doucement échouent
Contre les proues
Ne sont que plumes ;
Il fait dimanche sur la mer
(Emile Verhaeren)
« Mélancolique mer que je ne connais pas,
Tu vas m’envelopper dans ta brume légère ;
Sur ton sable mouillée, je marquerais mes pas,
Et j’oublierais soudain et la ville et la terre
(Jean Moréas)
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Par renal le 24 Janvier 2011 à 21:31
PAROLES DE LA MER
Recueillies par J.P.Kerloc’h
Ces paroles sur la mer sont des paroles à propos de la mer, souvent fantasmes de terriens restés sur le rivage, car la mer est belle à ceux qui ne naviguent pas. Elles sont aussi les paroles de ceux qui sont vraiment partis sur la mer, embarqués par choix ou par nécessité. Matelots, capitaines, pêcheurs, navigateurs, amoureux passionnés, ils ont couru les risques, connu les souffrances, les affrontements, et le bonheur de victoires, toujours provisoires face à l'immensité marine. Ecoutons le concert de ces voix, apportées par le vent du grand large. Mais sachons aussi écouter la voix nue de la mer. Elle a tant à dire. Elle a tous les tons, de la confidence à la colère, du murmure au rugissement. Humeurs et rumeurs de la mer. (J.P.Kerloc’h)
La mer m'a versé son breuvage,
Son lait, salé d'un sel amer ;
Et j'ai grandi comme un sauvage
Sur le sein libre de la mer.
La mer de ses rudes caresses
A pétri mon cœur et ma chair ;
Ce sont de farouches tendresses
Que les tendresses de la mer.
La mer m'a chanté l'aventure,
L'espace, la vie au grand air.
Je suis un goéland de mâture,
Un goéland, fils de la mer !
Et si, dans ma chanson bretonne,
Un souffle passe, large et fier,
C'est qu'en moi gémit, hurle et tonne.
L'âme innombrable de la mer.
Anatole le Braz
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